Condoléances : Olivier et Valérie OMNES

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Olivier et Valérie OMNES
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La mort de Valérie et d’Olivier a été, un choc pour beaucoup.

Un choc brutal, injuste, difficile à accepter.

J’ai rencontré Olivier il y a quarante ans. Nous avions quatorze ans tous les deux. Quinze jours d’écart seulement : lui était né le 17 novembre, moi le 4 décembre. Est-ce que cela a une importance ? Peut-être pas. Mais ces petits détails disent quelque chose de la proximité que nous avons toujours eue.

Comme souvent dans la vie, les amis passent, les chemins se séparent parfois. Nous avons fait notre armée plus ou moins en même temps. À cette époque déjà, quand moi je n’étais qu’un simple sociétaire du club, Olivier faisait partie d’une grande équipe, aux côtés de son père, dans celle de Serge Richter. Il avait déjà une longueur d’avance.

À la sortie de l’armée, nos chemins se sont véritablement rapprochés. Nous avons commencé à nous entraîner ensemble. Enfin… il m’entraînait, plus exactement. Nous faisions nos concours ensemble. À ce moment-là, Olivier avait déjà un sacre niveau. Il était connu, respecté et reconnu pour son talent. Nous avions dix-neuf ans.

Il a entraîné mon premier chien, mon rottweiler. Ensemble, nous l’avons monté en 3, non sans quelques déboires dont nous nous souvenions en riant. Je me rappelle encore de ses vingt ans, que nous avons fêtés dans la pizzeria de ses parents, à Chilly-Mazarin. Je me souviens de ce que nous avions mangé. Sa mère nous avait préparé des huîtres chaudes, elle a ce don incroyable pour la cuisine.

Peu à peu, à son contact, je me suis formé. J’ai commencé à passer des chiens de haut niveau avec lui. J’ai pris mon premier malinois, qu’il entraînera également. Olivier se déplaçait dans le costume comme si c’était une seconde peau. Un enfant prodige. Il est devenu l’un des plus grands techniciens de France.

Très vite, il s’est démarqué par cette facilité exceptionnelle à placer, à entraîner, à travailler un nombre impressionnant de chiens chaque jour. Une capacité physique hors norme. Mais surtout, il avait ce talent rare : être capable de travailler aussi bien un chien extrêmement fort qu’un chien très fragile. Il savait amener chaque chien au maximum de ses capacités, avec une finesse, une intelligence et une adaptation remarquable.

Il savait aussi s’adapter aux humains. Aux jeunes conducteurs comme aux plus expérimentés. Toujours avec justesse. Même s’il parlait peu pendant les entraînements, tout était clair dans ses gestes, dans ses choix, dans son regard.

Olivier était l’un des hommes les plus généreux que j’aie connus. À mon égard, il l’a été sans conteste. Il a donné énormément, sans jamais rien attendre réellement en retour.

Il avait ce côté un peu bourru, cette carapace qu’il s’était forgée. Mais quand on savait attendre, quand on acceptait son rythme, ses silences, on découvrait un homme profondément sensible, intelligent, brillant. Derrière l’ours se cachait quelqu’un de profondément gentil, capable de comprendre son environnement et les autres.

Il respectait ses amis à sa manière. Parfois taquin, parfois un peu dur, parfois maladroit. Mais Olivier était profondément généreux avec les personnes qu’il aimait. Sa bienveillance se manifestait dans ses mots, dans son regard sur les autres. Même en leur absence, il parlait d’eux avec respect, mettant en avant leurs qualités, leurs forces, leurs réussites. Il avait un mot juste pour chacun. C’était une générosité sincère, naturelle, rare.

Bien sûr, nous avons fait les quatre cents coups. Nous avons fait des bêtises. Nous avons été jeunes, excessifs. Mais nous avons surtout énormément ri.

Les bars et les discothèques se souviennent sans doute encore de notre passage…

Je repense aussi à cette anecdote : le concours de Suippes, Babar nous a poursuivis pendant une bonne demi-heure à travers le régiment, en pleine nuit. Trois gamins inconscients ( lui, brouw, et moi ) qui avaient décidé d’aller saluer les couleurs. Ce n’était pas du tout de son goût… mais je crois qu’il nous a pardonnés depuis.

Nous étions une bande, une petite équipe soudée. Nous avons partagé d’innombrables moments. Des nuits entières à parler de chiens, à refaire le monde. Il n’était pas rare que les soirées se terminent à huit ou neuf heures du matin.

Nous sommes partis en vacances ensemble : Argelès, les Landes, les Arcs et encore…. Olivier savait couper. En vacances, on ne faisait plus de chiens. On pouvait en parler, mais on vivait autre chose. Il avait cette capacité rare de vivre pleinement l’instant présent.

À la mer comme à la montagne. C’était un excellent nageur. Je me souviens de cette fois, dans les Landes, où le courant l’a emporté. Il a terminé deux plages plus loin et est revenu à pied, épuisé : « Je me suis fait embarquer ». Typiquement Olivier. On lui avait dit de ne pas aller plus loin… il est allé plus loin quand même.

Le ring, Olivier y a consacré sa vie. Il l’aimait, il le respirait, il le pensait. Ce qu’il a fait restera. Tout est écrit : conducteur, entraîneur, homme d’attaque. Il a marqué les esprits. Il a laissé une trace, un héritage.

Même dans les périodes difficiles, notamment lors des tensions avec la SCC , nous échangions régulièrement, en toute discrétion. Il avait cette capacité rare d’analyse, de recul, de compréhension profonde de notre discipline. Parfois, il me faisait même changer d’avis. Il savait défendre un point de vue avec intelligence, loin des foules et des effets de terrain.

Il m’a soutenu à des moments importants. Je ne l’oublierai jamais.

Je pourrais raconter des journées entières d’anecdotes. Il y en a tellement.

Je pense à 1994, aux sélectifs, à ses couvertures légendaires.

À l’an 2000, lorsque la France entraîne avec une perruque blonde, rappelez-vous de sa chevelure. Beaucoup sont allés s’acheter une perruque, pour se préparer à passer sur lui.

Olivier n’est plus là, et pourtant il reste partout.

Dans les chiens qu’il a formés, dans les conducteurs qu’il a fait grandir, dans les gestes qu’il a transmis sans même les expliquer.

Il reste dans nos souvenirs, dans nos rires, dans ces silences où l’on repense à lui.

Il a vécu intensément, avec passion, avec engagement, avec une fidélité profonde à ce qu’il aimait.

Et ceux qui ont croisé sa route savent qu’ils en sont ressortis différents.

Olivier est parti brutalement, dans un accident domestique.

Un départ injuste, absurde, qui a bouleversé bien au-delà de notre milieu.

Il n’était pas seul. Il était avec Valérie, sa compagne depuis plus de dix ans.

Une femme qu’il aimait profondément, avec qui il avait construit une vie.

Je veux avoir une pensée particulière pour elle, pour leur histoire, pour ce lien fort qui les unissait.

Olivier laisse aussi un fils, Max

À lui aussi vont mes pensées les plus sincères.

Et puis il y a la famille de Valérie.

Ses enfants, qui ont perdu leur maman.

Une famille frappée de plein fouet par cette tragédie, à qui je veux dire ici que nos pensées les accompagnent, profondément.

Dans ce drame, des vies ont été brisées. Des absences se sont installées.

Tous réunis ici, nous resterons nombreux à porter leurs souvenirs, chacun à notre manière.



Les grands hommes ne disparaissent jamais vraiment.

Ils vivent dans ce qu’ils ont transmis. Et Olivier a énormément transmis.

Et moi, je sais que tout ce que je fais aujourd’hui porte encore un peu de ce que j’ai appris à ses côtés.

Merci Olivier, pour ces années, pour ces enseignements, et pour l’empreinte que tu as laissée dans ma vie.

Pour L’A.D.A.R.

Le Président Stéphane RENAUD